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Emile Bravo

Émile Bravo est né en 1964 à Paris, de parents espagnols exilés en France — ce qui apporte une note romantique à sa vision du monde. Son père s’est battu pour la république, dans la cavalerie, et il lui raconte, tout en relativisant les choses : il n’était pas un héros, il était du bon côté, mais il aurait pu être de l’autre. Ça fait réfléchir.

Tout gamin, Bravo se met à dessiner sur n’importe quoi, y compris son livret de famille, jusqu’à ce qu’on lui achète du papier. Et puis, son père lui racontant aussi Lucky Luke, Tintin et Popeye, il comprend que la BD est un lien entre lui et le monde adulte. Il se met donc à créer ses versions personnelles de Popeye et Lucky Luke, et à inventer pour ses copains de classe des aventures qu’il leur fait jouer. Parmi les copains, un grand de quatorze ans l’introduit dans le monde des sciences : " Il fabriquait de la nitroglycérine, et il avait construit un télescope et une fusée. Mais il s’intéressait surtout à ma sœur. " Peu importe. De toute façon, il veut devenir ingénieur — il adore les trains, et le frère d’un ami lui a expliqué la relativité : E=mc2. (Rien ne se perd, tout se transforme : il recyclera cette fascinante notion dans une aventure de Jules, qui, au retour d’un voyage de huit semaines sur Alpha du Centaure, découvrira que huit ans ont passé sur Terre.)

En 1983, muni d’un Bac E, il change d’azimut et s’inscrit en Histoire de l’art, pour avoir la réduction étudiant au cinéma. Et en lisant Hugo Pratt, il découvre qu’on peut faire de la BD tout en vivant des aventures fabuleuses. Lui aussi, il veut une vie d’aventure. " En fait, j’ai beaucoup moins voyagé que Pratt, j’étais trop cocooné. J’allais surtout en vacances en Espagne. " Donc, avec son Bac E et sa carte d’étudiant, il passe un an à bâtir une BD de 70 pages qui raconte l’histoire d’un orphelin allemand à la fin de la guerre. Personne n’en veut, mais Casterman a hésité et ça l’encourage. Là-dessus, il trouve le boulot idéal : maquettiste à mi-temps à Marie-France, où il commence à passer des illustrations, ainsi que dans la pub — ça rapporte. La BD, il la fait en dilettante, pour le plaisir. Ce qui donne Ivoire, avec son copain Jean Régnaud au scénario. (Un beau succès d’estime.)

En 1992, il s’installe avec Trondheim, Blain, Sfar et David B. dans l’atelier Nawak, antichambre du futur atelier de la place des Vosges. Avec Jean Régnaud, il attaque une nouvelle BD. " On voulait un idéaliste apatride perdu dans un climat de violence totale. Et on voulait montrer le personnage tel qu’il aurait été à l’époque, ouvert mais ignorant, lisse comme un enfant. " Ça donne l’histoire formidablement drôle et émouvante d’Aleksis Strogonov, paumé en plaine fureur bolchevique. (Un autre beau succès d’estime.)

En 1999 dans Okapi, il débute en solo les Nouvelles Aventures de Jules. Les petits lecteurs d’Okapi font découvrir Jules à leurs parents, et c’est parti. " Pour moi, la BD est liée au monde de l’enfance, et retourner dans l’enfance, ce n’est pas régresser. Régresser, c’est retourner dans l’adolescence, avec ses idées toutes faîtes. "

Maintenant, Bravo travaille à la Piscine, un atelier d’illustrateurs, et essaie de se consacrer uniquement à la BD. Avec un entracte prochain dans le désert du Namib — voilà un endroit où Pratt n’a jamais mis les pieds.

Bibliographie
Série Une épatante aventure de Jules, Dargaud : 5 tomes

Aleksis Strogonov, Dargaud : 2 tomes

Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill, Gallimard jeunesse

Boucle d’or et les sept ours nains, Seuil (La bande des petits)

La faim des sept ours nains, Seuil (La bande des petits)

Québec, un détroit dans le fleuve, Casterman

Ivoire, les tribulations de Joon Vanlabecke, La Pastèque

C’était la guerre mondiale, Bréal

Spirou : Journal d'un ingénu, Dupuis, 2008

Festival du livre de jeunesse & de bande dessinée

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